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À fleur de peau

Rien ne nous fait aussi bien ressentir la présence de l'autre que son contact. Nous sommes équipés pour cela de fibres nerveuses sensibles à la charge émotionnelle du toucher. Des capteurs à la base de notre socialité.


La théorie de l'attachement explique qu'un enfant grandit de façon sécurisante s'il est bien entouré et câliné. Mais cette théorie n'éclaire pas le pouvoir émotionnel du toucher. Aujourd'hui, les scientifiques s'intéressent enfin au toucher affectif et ils découvrent que cette capacité repose sur un système de fibres nerveuses spécialisées dans la perception des caresses. Ces neurones, sollicités initialement dans le rapport entre mère et enfant, aident ce dernier à construire son identité et ses relations aux autres, en lui transmettant des données de nature affective. La qualité émotionnelle de la caresse véhicule un sentiment très important qui sous-tend de nombreuses interactions sociales.


Le corps tactile, un réseau de fibres faites pour le toucher


Quand nous touchons quelque chose ou quelqu'un, les fibres nerveuses de notre peau entrent en action grâce à des récepteurs sensoriels situés dans le derme. Plusieurs types de cellules nerveuses réagissent à différents types de toucher. Certaines s'activent sous l'effet d'un étirement, d'autres sous l'effet d'une pression. Parmi elles, les fibres A-bêta réalisent l'essentiel de ce travail ; présentes partout dans notre peau mais surtout sur la paume des mains et des pieds, elles sont entourées d'une gaine de myéline qui leur permet de transmettre l'influx nerveux à la vitesse de 50 mètres par seconde (la vitesse d'un TGV), sous forme de courants électriques (appelés potentiels d'action) qui se déplacent depuis le récepteur tactile jusqu'aux centres cérébraux où ils sont perçus et analysés. Normal : la vitesse de réaction est cruciale dans bien des situations, par exemple pour retirer sa main d'une plaque de cuisson...


Les fibres de type C, elles, conduisent l'information plus lentement, à environ 1 mètre par seconde. Les unes véhiculant la douleur, les autres la sensation de démangeaison. Enfin, les fibres C-tactiles (CT), ont été repérées dans notre "peau pileuse" : dos et avant-bras, notamment. Une caresse, une légère tape d'affection ou tout autre toucher délicat -techniquement, tout ce qui représente moins de 5 millinewtons de pression, soit le contact d'une carte postale sur la peau- les met aussitôt en éveil.


Autisme : des troubles du toucher ?


Que se passe-t-il alors si ce système fonctionne mal ? Serions-nous incapables d'établir des liens avec nos semblables ? Un spécialiste des troubles du spectre autistique est persuadé que le toucher affectif joue un rôle dans l'autisme, car il mobilise le système limbique, soupçonné de fonctionner différemment chez ces patients. Son équipe a enregistré l'activité cérébrale de personnes dont l'avant-bras était caressé à des vitesses variables, constatant que les "zones sociales" du cerveau réagissaient davantage à l'effleurement lent qu'aux caresses rapides. Cette réaction était atténuée chez les individus possédant certains traits autistiques, dont des difficultés à communiquer.


Ils ont comparé les réactions cérébrales au toucher d'enfants autistes et non autistes. Caressés sur l'avant-bras, les autistes ont développé une activité cérébrale plus faible que les autres petits dans un réseau de régions cérébrales impliquées dans le traitement d'informations émotionnelles et sociales alors que le toucher non délicat éveillait une hyperactivité anormale chez les autistes. Le système de perception tactile, dont le toucher émotionnel et social, semble donc bien différent chez ces enfants et pourrait constituer un marqueur des troubles du spectre autistique.

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