• Catherine

La démarche spirituelle et ses dangers

Partie 3


Du danger d'avoir ou de ne pas avoir de maître


Le problème, lorsqu'il s'agit de présenter la spiritualité orientale en Amérique ou en Occident aujourd'hui, tient au fait que la barrière culturelle à travers laquelle doit passer la lumière de l’Orient fonctionne comme un prisme opaque. Il est fait de la culture de consommation et de l'individualisme psychologique américains ou occidentaux.

Privée de sa couleur et de son acuité, la lumière orientale dès lors réfractée ne fait que renforcer la structure que ses maîtres originels avaient le plus espéré détruire grâce à elle : l'ego isolé et la compétition à l'occidentale.

Un proverbe tibétain énonce clairement la question : un gourou est comme le feu. Si vous vous en approchez trop, vous vous brûlez. Si vous restez trop loin, vous ne recevez pas suffisamment de chaleur. On recommande une modération raisonnable.

Dans notre société, l'idée d'un maître, instructeur, gourou ou précepteur spirituel, brille par son absence. Pour nous, les maîtres dispensent un contenu sur un sujet comme si nous étions des contenants vides à remplir. Un maître spirituel, cependant, travaille à un niveau très différent. Il peut servir de miroir ou de guide, vous empêcher de tomber dans le piège de l'auto-illusion et vous permettre de vous voir comme vous êtes.

L'homme le plus dangereux est le contemplatif sans guide. Il se fie à ses propres visions, obéit aux attraits d'une voix intérieure, mais n'écoute pas les autres hommes. Il identifie la volonté de Dieu à tout ce qui lui fait sentir, dans son propre cœur, une grande, chaude et douce lumière intérieure. Plus le sentiment est doux et chaud, plus il est convaincu de sa propre infaillibilité.

Et si la simple force de sa propre confiance en soi se communique à d'autres gens et leur donne l'impression qu'il est vraiment un saint, un tel homme peut entraîner la perte de toute une ville, de tout un ordre religieux, et même de toute une nation. Le monde est couvert de cicatrices qui ont été laissées dans sa chair par de tels visionnaires.

Nous avons vraiment besoin de maîtres, et la véritable autorité n'est pas un mythe : le maître sait vraiment quelque chose. Mais le problème revient à ce qu'on appelle en psychologie l'effet de halo : l'autorité d'une personne est étendue indûment et, par conséquent, des gens sont aller consulter Einstein sur des questions politiques ou un gourou sur n'importe quoi.

Le jugement indépendant est une qualité assez rare chez les êtres humains. Le fait d'être en vie, de grandir, et tout l'art de vivre consistent à raffiner ce jugement indépendant, à trouver le courage d'être à la hauteur de sa propre voix intérieure, et de pouvoir dire éventuellement que le roi est nu.

Nous faisons inévitablement des erreurs en choisissant des maîtres, mais assumer ces choix est un apprentissage en soi. Certaines personnes ont peur de s'engager avec un maître. Elles craignent de possibles impuretés chez le maître, elles ont peur d'être exploitées, utilisées ou piégées. En vérité, nous ne sommes jamais piégés que par nos propres désirs et attachements.

Si vous ne cherchez que la libération, tous les maîtres seront pour vous des véhicules utiles. Ils ne peuvent absolument pas vous faire de tort. Si, en revanche, vous voulez du pouvoir, un maître peut arriver, qui parle de libération, mais vous attire subtilement par votre désir de pouvoir. Si vous vous faites prendre et devenez disciple d'un tel maître, vous serez peut-être fâché lorsqu'il s'avérera que ce maître accomplit un power trip et ne vous mène pas à l’illumination.

Mais rappelez-vous : à un certain niveau, en vous-même, vous le saviez déjà. Votre attirance envers ce maître était votre désir de pouvoir. Votre colère est en fait dirigée contre vous-même.

L'idée d'une véritable autorité spirituelle (et la relation harmonieuse qu'entretient l'étudiant avec elle) nous amène à la question de l'obéissance à la voie spirituelle. L'idée même d'obéissance, spirituelle ou autre, est suspecte, ou du moins controversée en Occident, mais c'est un aspect important de la formation spirituelle dans bien des traditions.

L'obéissance véritable dépasse largement la simple question d'obéir à des ordres ou de renoncer à sa propre volonté : elle implique plutôt de prendre la complète responsabilité de la conduite de notre vie. Personne ne peut devenir saint ou contemplatif en se contentant de s'abandonner sans intelligence à une idée simpliste de l'obéissance.

Chez le sujet et chez celui qui le commande, l'obéissance présuppose un élément majeur de prudence, et la prudence signifie la responsabilité.

L'obéissance n'est pas l'abdication de la liberté, mais son usage prudent dans certaines conditions bien définies. Cela ne facilite en rien l'obéissance et ce n'est aucunement une échappatoire à la sujétion à l'autorité.

Au contraire, une telle obéissance implique la maturité de l'esprit, la capacité de prendre des décisions difficiles, de comprendre correctement les ordres difficiles, de les exécuter avec une fidélité parfois véritablement héroïque. Une telle obéissance est impossible sans d'authentiques ressources d'amour spirituel.

Les grands maîtres ont souvent résumé la question de la façon la plus succincte.

    ​2020 - par Dhyâna Massages

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