• Catherine

Kama Sutra : 2

La fin du sentiment érotique ?

N'est-ce pas ainsi que l'on pourrait résumer la grande détresse de notre temps ? Et pourtant, jamais les pratiques sexuelles n'ont été autant à l'honneur dans la société. Quel paradoxe !

À l'heure même où le sexe s'étale sur les affiches, à la télévision et au cinéma, remplit les journaux, les livres et les magazines, sans parler de la flambée du cyberespace, il semblerait qu'on l'aborde comme un problème.

La faute à quoi ? À qui ? Peut-être à cette exagération, précisément. Le sexe est si omniprésent dans le quotidien qu'il semble avoir perdu tout pouvoir d'excitation.

Hypothèse : et si derrière ce nœud se cachait tout simplement une bonne part d'ignorance ? Les hommes qui se prétendent des amants exceptionnels sont souvent ceux qui connaissent parfaitement les manières d'atteindre leur plaisir. C'est bien. Mais sont-ils aussi savants sur les femmes, qui sont à la source de ce plaisir ?

Car depuis belle lurette est révolu le temps où les femmes faisaient rimer sexualité avec culpabilité. Leur vie sexuelle, elles veulent la vivre pleinement, sans inhibitions. Quel avenir, alors ? D'un côté, des femmes condamnées à une éternelle recherche d'un épanouissement mystérieux et, de l'autre, des hommes bardés de certitude ?

Et si les hommes laissaient au vestiaire cette autocomplaisance pour envisager le sexe autrement ? Par exemple, comme une célébration dans laquelle la technique aurait un rôle à jouer certes, mais un rôle finalement mineur, comparé à celui de l'approche psychologique, émotionnelle et sentimentale de la chose…

Cette émotion érotique, c'est précisément le cheval de bataille du sage Vatsyayana, auteur, il y a environ mille cinq cents ans, du célèbre Kama Sutra.

On en a fait à tort le spécialiste des techniques sexuelles, réduisant le Kama Sutra à un recueil de postures plus acrobatiques les unes que les autres, alors qu'il s'agit du plus ancien livre sur l'amour. Car pratiquer le sexe, c'est aussi faire l'amour, qui l'a oublié ?

Certes, le sage n'est pas avare de conseils pratiques mais loin de lui l'idée de réduire le sexe à une technique. Bien au contraire, jamais la qualité d'une expérience sexuelle ne se mesurera au taux de testostérone sécrétée. Un bon amant est avant tout un amant sensible aux désirs de sa partenaire, capable de deviner ses attentes, de décrypter ses réactions et d'accroître son plaisir jusqu'à l'orgasme. Rien de moins.

De nos jours, il est de bon ton, pour les hommes, de reconnaître l'égalité de leur partenaire en matière de désir sexuel. Mais combien, parmi eux, admettent que les femmes puissent définir autrement qu'eux la réussite en la matière ? Que les femmes sont capables d'un plaisir encore supérieur au leur, oui, ils le soupçonnent confusément. Que leur orgasme est plus long, ils le constatent. Mais ils leur restent à comprendre que les femmes conçoivent différemment l'épanouissement des sens, cheminent vers l'excitation selon leurs propres codes et souffrent d'être considérées par leur partenaire comme des objets de désir passagers. Et pour le comprendre, rien de tel que de lire le Kama Sutra...

Son message est simple : respectez la sensualité des femmes, apprenez à leur faire plaisir. L'amour se fait à deux et il demande un engagement réciproque.

Il y a le sexe furtif et jouissif, certes, mais ce qui est plus intéressant, c'est le sexe avec un grand S, celui qui prend son temps, cette expérience incomparable au cours de laquelle l'homme part de son propre désir pour amener la femme à l'apogée du sien, à travers langueurs, attentes, stimulations bien dosées et lente montée de la passion, jusqu'à l'explosion du plaisir et aux dernières lueurs post-coïtales.

    ​2020 - par Dhyâna Massages

    1/110