• Catherine

Contesté

Moi aussi je suis accusé.

Comme toujours, dans ma maison ouverte à tous, entrent mes enfants. A peine sont-ils entrés, ils me voient. Et moi, comme toujours, je me tiens immobile et silencieux, un peu pour ne pas les intimider, un peu pour éviter de les écraser sous le poids de l'autorité paternelle aujourd'hui si discréditée.

Je ne suis pas assis sur un trône despotique, je ne les regarde pas avec les yeux sévères ou inquisiteurs du supérieur, mais avec humilité et bienveillance, espérant que ma présence les encouragera, les rassérénera, les mettra à l'aise, les consolera.

Mes eux, mes fils, rien. Ils se promènent, ils regardent, ils apprécient les beautés architecturales, ils s'arrêtent pour admirer les œuvres d'art qui décorent la maison, ils consultent les brochures explicatives et échangent des commentaires esthétiques.

Moi, ils ne me regardent même pas, pas un salut, pas un sourire ni un signe de la main. Et ils sont mes fils. Il y a pire. Parce que je peux écouter tranquillement leurs discours, j'entends qu'ils parlent de moi, qu'ils s'en moquent et vont jusqu'à m'injurier.

Moi, leur père ? Ils s'en tordent. Ils ricanent. Je n'existe pas, à les entendre. Je suis un croulant ridicule et impuissant, dont les puissants et les oppresseurs se servent comme d'un instrument. Ils ne me saluent pas, ils ne me regardent pas, c'est déjà beaucoup s'ils enlèvent leur chapeau. Il ne vient à l'idée à personne de m'adresser une prière.

D'abord je n'existe pas, je ne compte pour rien. Le plus beau, c'est qu'en moi aussi quelque chose a changé. Toute idée de revanche, de châtiment, de vengeance contre cette désastreuse jeunesse s'éteint à peine née en une sorte de résignation amère.

Ils sont mes fils ? Dans leur for intérieur, même s'ils le nient rageusement, même s'ils n'en ont pas le plus léger soupçon, je continue à exister. Comment les punir ? Comme les réprimer ? D'autre part, les choses peuvent-elles continuer ainsi ? Je n'arrive plus à me reconnaître. Le sol manque sous mes pieds. Au secours, les amis.

Après tout, je suis DIEU.

    ​2020 - par Dhyâna Massages

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