• Catherine

Non réagir et connaître !

La pratique méditative, pour être efficace, se doit d’être régulière et persévérante.

De tous temps les sages ont parlé de la souffrance de l’homme, de son incapacité à trouver le bonheur en lui et à connaître sa véritable nature. L’homme possède en lui une détresse existentielle.

La méditation a pour objectif d’éliminer cette souffrance. Tout aspirant à cette voie se devra donc de commencer par un des apprentissages les plus difficiles qui soit, à savoir la pratique de longue haleine qu’est l’attention.

Il lui sera demandé d’être le témoin objectif de ses pensées. Il devra apprendre dans un premier temps à identifier leurs énergies particulières et surtout les états d’esprit qu’elles créent. Pour de nombreux méditants débutants ou plus avancés, les pensées sont de grands obstacles. Elles nous emmènent dans le passé, le futur, et avec elles viennent des états d’esprit de peur, de doute, d’aversion, de désir, de solitude, de torpeur, etc.

Bref, chacun fait son film ! De quelques minutes à plusieurs semaines, le mental "se la joue".

Être un témoin objectif dans la méditation consiste, après avoir identifié la nature de ses pensées, à ne pas jouer leur jeu. Il ne doit donc y avoir aucune identification à ces dernières. C’est là que commence la vraie connaissance de nos mécanismes mentaux or notre souffrance vient le plus souvent de leur ignorance. Nous sommes des êtres incapables de nous abandonner dans l’instant présent, incapables d’éprouver le soulagement qui procure le lâcher-prise, ne fut-ce que l’instant de méditation. Cette incapacité ferme la porte à l’événement subtil susceptible d’arriver.

Nous percevons le monde et sa réalité avec des verres colorés. Nous voyons les choses telles que nous voulons qu’elles soient et non telles qu’elles sont véritablement. Nous avons une propension à rajouter des problèmes supplémentaires aux problèmes déjà existants et qui se suffisent à eux-mêmes.

Dans la vie, lorsque nous voulons acquérir quelque chose de nouveau, des connaissances, des biens ou des situations, nous rassemblons toute notre énergie vers un même but. La plupart des gens d’ailleurs nous jugeront sur le résultat final de nos efforts. Toute notre énergie est orientée vers un résultat, et nous travaillons dur pour lui, à tel point que c’est lui et non notre qualité de vie, notre façon de vivre, qui deviennent le plus important.

Voilà déjà une aberration. Lorsque nous nous tournons vers la voie spirituelle, nous pensons que la sagesse et la paix intérieure sont des biens à acquérir, des buts à atteindre. En fait, la paix ne peut venir en vous que si vous abandonnez sa quête. La méditation ne consiste pas tant à atteindre la paix mais à enlever les obstacles à cette paix qui est supposée être en nous.

C’est un long travail que cela. Changer ses habitudes, ses réactions quotidiennes, son opinion sur ce que devrait être la vie. Or, quand nous sommes déjà sur cette voie de la connaissance de soi, nous voulons tellement bien faire que nous ne faisons qu’enraciner un peu plus les tensions et les doutes en nous.

Alors la méditation devient une "corvée".

Mais nous la pratiquons, nous avons tellement lu à son sujet sur les fabuleux fruits qu’elle apporte. Et on se dit au plus profond de nous que ces efforts seront largement récompensés. Et là encore, tout est faux, là encore, le méditant à un comportement infantile.


Car il n’y a rien à atteindre et il n’y a pas de récompense.

Arrêtez de courir pour acquérir, pour atteindre, pour réussir quelque chose. La paix ne peut venir que lorsqu’on commence à se libérer du désir de trop bien faire. Très tôt dans l’enfance, la famille et la société nous formatent à cet archétype de la réussite. Si ce processus doit être mis en œuvre et est nécessaire pour notre vie sociale, il n’a pas lieu d’être dans la méditation.

Arrêtez donc. Arrêtez d’entretenir ces mécanismes d’identification et donc de souffrance ou de plaisir qu’apporte l’idéalisme. Abordez la méditation sans idées préconçues.

Accordez-vous cet espace dans le temps pour ne pas tendre vers un but. Cessez de vous juger par rapport à ce but. Vous n’arrêtez pas à longueur de journée de vous comparer à un idéal.

Déracinez vos carcans mentaux et simplement observez. Ce doit être là votre seul travail. La réalité est un champ où tout fluctue, tout change. Le corps et l’esprit sont en perpétuel changement, les idées vont et viennent, les émotions surgissent et disparaissent, les sensations de même, l’esprit est constamment en mouvement.

Observez la réalité telle qu’elle est. Abandonnez vos images de vous-même, vos constructions mentales. N’essayez pas de vous concentrer sur cette réalité comme un guerrier aux aguets au point de mourir sur le champ de bataille de la méditation. Soyez doux, bienveillant.

Abandonnez le culte de vous-même. Lâchez vos attachements, et acceptez vos frustrations, vos insatisfactions. Alors là, vous pourrez laisser les choses venir, et laisser monter en vous ce quelque chose qui ne relève pas de toutes ces tensions, à savoir l’amour. L’amour du monde, des autres, de soi.

Combattre nos conditionnements est chose difficile. Si nous voulons être nous-même dans les situations de la vie, nous devons commencer par l'être dans la méditation. Nous sommes en permanence en train de nous soumettre aux règles sociales. Ne confondez pas le lâcher-prise avec cette soumission. S’abandonner c’est s’ouvrir à ce qui est, à ce qui peut devenir.

Apprenez à vous ouvrir à l’expérience spirituelle sans intention, en abandonnant ce besoin d’identité. Laissez faire les choses, pour une fois. Il n’y a ainsi que le silence et la vision intuitive qui peuvent s’installer en vous. Mais cela est difficile de le permettre.

Qui s’accorde vraiment le droit d’exister ? Le silence de la méditation est un cliché photographique sur cette incapacité.

    ​2020 - Dhyâna

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