• Catherine

Démasquer l'imposture de la personnalité

Le mot personnalité vient du grec ancien "per-sona" qui désignait les masques grecs, par lesquels passait le son pour être amplifié. Cela donne une idée de la fausseté de la personnalité, qui n'est qu'un masque social. Il en faut un probablement, mais le problème c'est qu'on s'identifie à lui au point de croire que nous sommes notre masque.


La personnalité est une agrégation de pièces rapportées, comme l'habit du bateleur. Le bateleur qui a mis son stand à la foire et montre à voir une façade aux badauds. Comme un camelot, il se met en scène pour vendre… Il cherche à éblouir, à capter l'attention, à commencer par la sienne. Comme un cabotin, il s'écoute et s'admire lui-même, se prenant pour l'image que lui renvoient les autres.


Pourtant l'être qui est dans l'habit du bateleur n'est pas ce qu'il montre à voir, de même que vous n'êtes pas votre personnalité. Votre personnalité n'est qu'un assemblage disparate et incohérent de pièces rapportées çà et là au gré des interprétations que vous vous êtes faites inconsciemment, à partir des images que les autres vous ont renvoyées de vous-même…


Comme dans un jeu vidéo, où vous finiriez par vous prendre pour le personnage à l'écran, votre avatar a une certaine antériorité dans cette vie, un caractère lié à sa trajectoire, des possessions, des personnes même dont il s'imagine qu'elles lui appartiennent (ses parents, ses enfants, ses amis…). Mais tout cela est très flou, très peu consistant. Une simple pichenette dans le système et tout s'effondre comme un château de cartes. Si vous voulez démasquer l'imposture, vous réaliserez que vous n'êtes pas ce personnage, cette personnalité qui ne tient qu'avec de grosses ficelles, pourtant précaires. Mais alors, qui êtes-vous vraiment ?


Il vous appartient de vous laisser travailler de l'intérieur par cette question. Et il est possible, qu'il soit impossible d'y répondre avec des mots. En revanche, il vous est déjà arrivé d'en faire l'expérience. Il suffit juste de maintenir le cap, pour l'approfondir, de recherche en recherche.


Pour accéder à qui vous êtes vraiment, et passer par-delà le masque social que vous contemplez vous-même, en vous prenant pour lui, il y a plusieurs approches amusantes :


L'une d'entre elles est de descendre dans vos sensations corporelles, là où les pensées n'ont pas accès et où votre personnalité est comme désinvestie au profit de votre champ de conscience pure et alerte.


Une autre consiste à vous mettre au spectacle de la beauté, sous toutes ses formes : régalez-vous d'un plat délicieux, admirez un paysage sublime, observez la délicatesse d'une fleur des champs, embrassez vos enfants, caressez votre chat, admirez une œuvre d'art, écoutez une musique qui vous fait vibrer. Soyez ouvert à l'admiration qui émerge, sans la qualifier. Ne commentez rien, restez juste comme suspendu dans la contemplation. Mais quand je dis suspendu, je parle des pensées, pas de vous. Vous, au contraire, enracinez-vous dans la profondeur de l'expérience, toujours sans paroles intérieures.


Une autre, un peu plus subtile, consiste à se demander qui se demande : qui suis-je ? Ou bien encore, quand je regarde un objet : qui regarde cet objet ? Ne vous contentez pas de dire "moi" (c’est-à-dire la restriction de vous-même, que vous prenez pour vous. Voyez clairement que "moi" n'est qu'une histoire personnelle, mais qu'une histoire ne peut être "vous"). Laissez-vous un peu creuser par cette interrogation, en essayant de retourner votre regard vers vous-même. Essayez d'écouter celui qui en vous écoute, quand vous écoutez. Cette présence qui précède le regard, c'est vous, justement.


Une autre encore, pourrait consister à essayer de quitter qui vous êtes, à essayer d'être ailleurs que là où vous êtes, à tenter de quitter l'instant présent pour aller dans le passé ou le futur sans l'intermédiaire de la pensée. Vous voyez bien que c'est impossible. Vous êtes centré dans qui vous êtes. En contact par l'intérieur avec qui vous êtes, comme on est adossé à sa chaise à l'arrière du corps, vous ne pouvez pas vous localiser, vous ne pouvez pas vous saisir mentalement, mais vous pouvez sentir depuis qui vous êtes. Vous laissez ainsi libre cours à l'épanouissement d'un vaste champ de conscience pure et alerte. Et si c'était cela que vous êtes vraiment ?