• Catherine

15 techniques infaillibles pour prendre votre interlocuteur pour un con

Des gens d’une mauvaise foi absolue, vous en avez forcément dans votre entourage. En général, ceux-ci sont prêts à user de toutes les malhonnêtetés argumentatives pour tenter de vous convaincre… ce qui est souvent très énervant. Mais voyez plutôt le bon côté des choses, ces personnes vous offrent sur un plateau un véritable terrain d’expérimentations qui vous permettra de devenir expert ès sophisme.

C’est parti pour une visite guidée des arguments les plus fallacieux qu’on peut vous opposer.

La généralisation abusive

Le principe :

Tirer une conclusion générale d’un événement précis, d’un exemple particulier.

Exemple :

– Les fonctionnaires sont tous des fainéants !

– Pourquoi tu dis ça ?

– Ben hier, j’ai été à la mairie et une des standardistes se faisait une manucure. Non mais tu te rends compte ? Et après, on se demande pourquoi on doit payer toujours plus d’impôts !

En gros, faire ressortir une généralité d’un échantillon non représentatif est d’une incongruité impardonnable.

Le Non Sequitur, ou la conclusion qui ne suit pas les prémisses

Le principe :

Bien connu des mathématiciens, ce sophisme consiste à confondre volontairement la notion d’implication et d’équivalence. En gros, la conclusion tirée peut être soit vraie soit fausse, mais ce n’est certainement pas pour les raisons données par l’orateur.

Exemple :

- Même les plus grands scientifiques ne savent pas comment la vie a été créée sur Terre. C’est donc bien que Dieu existe !

- Tous les consommateurs de drogue dure ont commencé à fumer de l’herbe. Donc si tu fumes du cannabis, tu finiras héroïnomane !

Le syndrome Galilée

Le principe :

Faire appel à une situation vaguement analogue pour appuyer ses propos.

Exemple :

– Vous pensez tous que j’ai tort ? Personne non plus ne croyait Galilée quand il avançait que la Terre tournait !

– Euh… Ouais, forcément, vu comme ça…


Autre exemple :

– Quoi ? Tu manges de la viande ?

– Ben… ouais.

– Mais quelle horreur ! Sais-tu que Mussolini ou Hitler, eux aussi, mangeaient de la viande ? On voit ce que ça a donné !

L’appel à l’ignorance (aussi appelé le renversement de charge de la preuve

Le principe :

Affirmer que l’on a raison tout simplement parce que personne ne peut prouver le contraire !

Exemple :

* DING DONG *

– C’est pour quoi ?

– Nous venons sauver votre âme, Monsieur. Saviez-vous que lors du Jugement dernier ceux qui ne sont pas témoins de Jéhovah finiront par brûler en Enfer ?

– Pfff…

– Vous avez l’air sceptique, Monsieur. Pourtant, PERSONNE n’a jamais pu démontrer que c’était faux.

– Ah bon ? C’est vrai ? C’est sûrement que c’est vrai alors. Heureusement que vous êtes passés !

Fonctionne aussi avec l’Atlantide, le trésor des Templiers ou le père Noël…

Note : d’une certaine manière, le sacro-saint principe de précaution peut être considéré comme un sophisme de ce genre. Ben oui, quoi. Prenez les ondes WiFi, par exemple, PERSONNE n’a jamais réussi à démontrer qu’elles n’étaient pas dangereuses pour la santé, pas vrai ? Donc elles le sont…

L’effet Atchoum (ou effet post hoc ergo propter hoc pour les intimes)

Le principe :

Confondre allègrement postériorité et conséquence…

Exemple :

– Hé, mec, je crois que j’ai un super-pouvoir…

– Ah ouais ? Raconte !

– Hier, j’ai éternué et… PAF! Il a plu !

– Dingue !

Autre exemple :

– Je viens de trouver un remède miracle contre le hoquet !

– Ah oui ? Quoi donc ?

– Manger une pomme ! Figure-toi qu’à peine j’avais terminé de la manger que mon hoquet avait disparu !

– Incroyable !

– Mais bon, c’était une Pink Lady. Je ne peux pas garantir que ça marche avec toutes les espèces.

L’argumentum ad hominem

Le principe :

S’attaquer personnellement à l’orateur pour démonter ses arguments.

Exemple :

– Quoi ? Toi, tu es pour le mariage gay ? Non mais je rêve !

– Ben quoi ?

– Peuh ! Je ne suis pas étonné : toi qui as divorcé il y a dix ans, tu n’as aucun respect pour les valeurs traditionnelles.

La pente savonneuse

Cet argument-là est particulièrement énervant quand quelqu’un s’en sert contre vous…


Le principe :

Faire semblant d’adhérer à la thèse de son interlocuteur et extrapoler pour mieux le ridiculiser.

Exemple :

– T’en penses quoi du mariage gay, toi ?

– Le mariage gay ? C’est super ! Comment être contre ? Autorisons les pédés à se marier, c’est génial ! Et puis tant qu’on y est, on a qu’à légaliser la zoophilie, aussi, non ?

La technique de l’épouvantail

Le principe :

S’arranger pour travestir la pensée de son interlocuteur pour mieux la démonter. Particulièrement pervers et très énervant.

Exemple :

– Alors si je comprends bien, tu veux que je réduise mon budget fringues et chaussures ?

– Oui, Mimine, tu sais bien que depuis que j’ai été viré, je suis à découvert.

– Moi, ce que je crois surtout, c’est que t’es un gros radin et que tu ne m’aimes plus !

– Mais Mimine…

L’appel à la popularité

Le principe :

Plein de gens le font/le pensent, c’est que cela ne doit pas être si mauvais.

Exemple :

– Ouais, je regarde TPMP, et alors ? J’te signale que c’est un des programmes télé les plus regardés ! Je suis pas plus con qu’un autre !

ou, a contrario…

– T’as vu les statistiques d’audience des chaînes télé ? ARTE a moins de 1 % de part de marché ! Ah ah ah ! Quelle chaîne pourrie !

Le silence empoisonné (argumentum a silentio)

Le principe :

Se servir du fait que son interlocuteur n’ait pas mentionné un argument pour lui en mettre plein la tronche.

Exemple :

– Alors moi, je pense qu’il faudrait baisser les taxes et les impôts pour relancer la consommation en France.

– Et la théorie keynesiano-malthuséenne, vous en faites quoi ?

– Euh…

– Quoi ? Vous osez parler économie sans même connaître la théorie keynesiano-malthuséenne sur la valeur intrinsèque de la richesse immatérielle ?

– Euh… Nan, mais moi j’disais juste que…

– Tatatata ! Votre inculture vous discrédite complètement, mon cher ami !

La réduction des choix

Le principe :

Faire en sorte de réduire les solutions à un problème à seulement deux possibilités. Une sorte de sophisme manichéen, en quelque sorte…

Exemple :

– Tu fais grève avec nous la semaine prochaine ?

– Ben… euh… c’est que… non… en fait…

– Non ? Donc tu es pour le patronat qui nous presse comme des citrons en nous faisant suer sang et eau ?

– Non, non, non…. Bien sûr que non… Mais euh… je…

– Y’a pas 36 possibilités, camarade. N’essaye pas de tourner autour du pot ! T’es avec nous ou contre nous !

L’appel à une autorité

Le principe :

Faire référence à une personnalité dont l’interlocuteur n’osera pas remettre la crédibilité en doute. Ce phénomène d’identification est très utilisé par la publicité et le marketing.

Exemple :

– Mais, il est pas un peu bizarre ton nouveau pull ?

– Alors là, nan, j’crois pas… Claire Chazal porte le même pour présenter le journal de 20 heures. Tu connais rien à la mode, c’est tout.

– Ouais, c’est ça.

L’appel aux modernes (ou aux anciens) : l’argumentatum ad novitatem (ou ad antiquitatem)

Le principe :

Soyons modernes, allons de l’avant ! Les arguments les plus nouveaux, les théories les plus novatrices ont forcément raison… À contrario, donner forcément raison aux théories antiques pour la seule raison qu’elles sont anciennes n’est pas forcément beaucoup plus intelligent…

Exemple :

– Même les Grecs antiques, les pères de la démocratie, étaient pour la peine de mort !

- Euh, oui… Mais ils étaient aussi pour l’esclavage…

Sophisme de la double faute

Le principe :

Faire appel à d’autres exemples bien pires pour défendre sa thèse.

Exemple :

– Oui, bon, d’accord, à seulement 14 ans il a agressé une mamie dans la rue pour lui voler son portefeuille… Mais que voulez-vous, il faut bien jeunesse se fasse ! D’autres avant lui ont fait bien pire !

L’appel à la pitié

Le principe :

Faire naître chez son interlocuteur un sentiment de pitié pour lui faire passer la pilule.

En reprenant l’exemple précédent, cela donnerait quelque chose du genre :

– Oui, bon, d’accord, à seulement 14 ans il a agressé une mamie dans la rue pour lui voler son portefeuille… Mais il faut le comprendre, quand il était petit, ses parents ne le laissaient même pas mettre du beurre sur ses tartines de Nutella. Beaucoup auraient été traumatisés pour beaucoup moins que ça, c’est sûr !

La manipulation statistique

Certainement un des sophismes les plus insidieux et une des plus difficiles à remarquer quand on n’a pas un esprit rodé aux mathématiques.

Le principe :

Se servir des résultats contre-intuitifs de certains calculs de statistiques ou de probabilités pour induire son interlocuteur en erreur. L’arme préférée des politiciens.

Exemple :

– Un test de dépistage d’une maladie est fiable à 99 %. S’il se révèle positif, vous avez donc 99 % de chance d’être atteint de cette maladie.

– Faux.

Eh oui, vous avez bien raison de vous insurger contre cette affirmation péremptoire. Contre toute attente, le pourcentage de risque d’être réellement atteint par la maladie dépend de comment ladite maladie est répartie sur le territoire.

Si on considère que la maladie touche 1 personne sur 100 000, alors un test fiable à 99 % donnera 1 000 positifs là où il n’y a en réalité qu’un seul vrai malade. Donc, même si le test annonce que vous êtes atteint, vous avez encore 99,9 % de chance de ne pas l’être. Si vous n’avez rien compris à ce charabia, ce n’est pas bien grave. Rappelez-vous seulement qu’on se doit de manier avec une EXTRÊME précaution les outils mathématiques… Un contre-sens est très vite arrivé.

Conclusion

Vous connaissez maintenant 15, non 16 techniques infaillibles pour prendre à coup sûr votre interlocuteur pour un abruti. Usez-en, abusez-en et vous deviendrez un orateur hors-pair. Ces mêmes orateurs, appelés sophistes, dont Socrate avait horreur… Vous pourrez même vous lancer dans la politique.

    ​2020 - Dhyâna

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