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Comment grandir

  • Photo du rédacteur: Catherine
    Catherine
  • 12 avr.
  • 4 min de lecture

Grandir, au fond, ne consiste pas seulement à avancer dans la vie. C’est aussi, et peut-être surtout, grandir de l’intérieur.


Or cette croissance intime n’a rien à gagner à se mesurer aux attitudes, aux valeurs ou aux réussites des autres. Car chacun de nous est singulier. Chacun porte une histoire différente, des blessures particulières, des élans propres, des expériences uniques qui l’ont façonné, parfois cabossé, souvent enrichi.


Se comparer sans cesse, c’est oublier cette évidence simple : nous ne sommes pas faits sur le même modèle.


Un conte l’illustre avec une belle justesse.


Un roi entra un jour dans son jardin et découvrit, avec tristesse, que ses arbres, ses buissons et ses fleurs dépérissaient. Le chêne lui confia qu’il se mourait parce qu’il ne pouvait pas s’élever aussi haut que le pin. Le pin, lui, se désolait de ne pas porter de grappes comme la vigne. La vigne souffrait de ne pas fleurir comme la rose. Et la rose pleurait de ne pas être aussi forte et majestueuse que le chêne.


Puis le roi aperçut une petite plante, un freesia, rayonnante de fraîcheur au milieu de ce jardin accablé.


Il lui demanda :

— Comment se fait-il que tu sois en si belle santé dans ce jardin assombri ?


Le freesia répondit

:— Je l’ignore vraiment. Mais j’ai pensé ceci : lorsque tu m’as planté, c’est que tu voulais un freesia. Si tu avais voulu un chêne, une vigne ou une rose, tu les aurais choisis. Alors j’ai décidé d’être le plus pleinement possible ce que je suis.


Cette réponse a la simplicité des vérités profondes.


Nous sommes ici pour offrir ce que nous sommes, et non pour imiter ce que nous ne sommes pas. Nous ne pouvons pas devenir une autre personne. En revanche, nous pouvons devenir davantage nous-mêmes. C’est là que réside l’épanouissement : dans cette manière de se laisser arroser par l’estime de soi, la douceur, la lucidité, au lieu de se faner sous le poids de la condamnation intérieure.


Devenir la meilleure version de soi-même


On prête à Albert Einstein cette phrase : si l’on juge un poisson à sa capacité à grimper à un arbre, il passera sa vie à se croire stupide.


L’image est parlante. Elle dit bien le malentendu dans lequel tant de personnes vivent : celui de s’évaluer avec des critères qui ne leur correspondent pas.


Alors, une vraie question se pose : qui êtes-vous, vraiment ?


Dès l’enfance, nous apprenons à nous regarder à travers les yeux des autres. Nous intégrons leurs opinions, leurs attentes, leurs jugements. Peu à peu, nous finissons parfois par croire que notre valeur dépend du regard extérieur. Mais à force de nous comparer, nous nous éloignons de nous-mêmes.


Se connaître demande autre chose. Cela suppose de s’arrêter, de s’observer avec honnêteté, sans cruauté. Cela demande de regarder en face nos élans, nos talents, nos peurs, nos zones d’ombre aussi, et toutes ces possibilités que nous avons trop longtemps laissées dormir sous les habitudes ou le doute.


La comparaison permanente est rarement une alliée de l’estime de soi. Elle déforme notre perception. Elle nous pousse à ne voir chez les autres que ce qu’ils semblent réussir, et en nous seulement ce qui nous manque. C’est un miroir truqué, et il est de très mauvais conseil.


Pourtant, tout n’est pas à rejeter dans la confrontation à l’autre. Elle peut aussi nous rappeler qu’il existe mille manières de penser, d’aimer, de sentir, de créer, d’habiter le monde. Et cette diversité est une richesse.


Il ne s’agit donc pas de devenir comme les autres, ni d’être aussi performant, brillant, drôle, fort ou admiré qu’eux. Il s’agit de reconnaître ce que nous avons de vivant en nous, ce que nous faisons de mieux, ce qui nous rend profondément originaux.


Personne n’est exactement comme nous. Personne n’a traversé les mêmes événements, ni ressenti les choses de la même façon. Chaque être humain porte une histoire qui n’appartient qu’à lui. Voilà pourquoi se comparer revient souvent à mettre face à face des réalités incomparables.


Être soi-même est donc bien plus précieux qu’il n’y paraît.


Nous possédons tous une mosaïque de traits, de forces et de fragilités. Certains nous facilitent l’existence, d’autres nous la compliquent parfois. Mais c’est précisément cet assemblage qui fait notre singularité.


Cela ne signifie pas qu’il faille renoncer à évoluer. Bien au contraire. Changer certains aspects de soi est parfois nécessaire, salutaire même. Mais les transformations les plus profondes ne naissent pas du rejet de soi. Elles naissent de l’acceptation.


On ne grandit pas durablement en se méprisant.

On grandit en se rencontrant.

On avance en apprenant à se respecter.

On se transforme en cessant de se faire la guerre.


Apprendre à se valoriser, à s’aimer, à s’accepter est un chemin exigeant, souvent lent, parfois inconfortable. Un chemin qui se déploie tout au long de la vie et qui demande de la patience, de la persévérance, et une certaine tendresse envers soi-même — cette tendresse que nous savons si bien offrir aux autres, mais que nous nous refusons parfois avec une constance presque absurde.


Mieux se connaître, entrer dans cette aventure de découverte de soi, nous permet peu à peu de nous sentir plus justes, plus libres, plus apaisés dans notre propre peau.


Et c’est sans doute là l’un des plus beaux voyages qui soient :

non pas devenir quelqu’un d’autre,

mais revenir, avec courage et douceur, vers soi.

Comment grandir

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